DU 17 AU 21 SEPTEMBRE 2011

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L'Express en parle...


La révolte des électrosensibles

Par Richard de Vendeuil, publié le 14/12/2011 à 14:51

Ils se calfeutrent, fuient la ville, ses antennes relais... Traités comme des doux dingues, les allergiques aux champs électromagnétiques se rebiffent. Et réclament d'être moins exposés. 

Il y eut cette installation ratée, le mois dernier, au gîte des Chabottes, dans le vallon du Rioufroid (Hautes-Alpes). "Les ondes de la clôture électrique autour du parc à chevaux me grillaient le crâne, explique-t-elle. Même calfeutrée dans une couverture de survie pour faire cage de Faraday, j'avais des insomnies." Puis ces tentatives sans lendemain aux abords du parc des Ecrins. Des équipées que, chaque fois, Anne Cautain, 55 ans, ex-agent de service en résidence universitaire, paie au prix fort: douleurs musculaires intenses, rougeurs au visage, palpitations dès qu'un randonneur ou un chasseur, portable en poche, pointe aux abords de son refuge. Une réaction classique, propre aux "EHS", ces électro-hypersensibles, victimes exacerbées du syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques. Anne en fait partie. Elle n'ira pas au rassemblement du 14 décembre devant l'Assemblée nationale, à l'appel des collectifs anti-ondes, qui réclament la réduction de puissance des antennes relais. Mais le coeur y est.  
Depuis deux ans au fond d'une grotte
C'est que, bien avant son étape alpine, son "errance" l'a conduite à dormir, ici, dans des caves insalubres, là, dans une voiture sur le parking d'un HLM, et même dans une baraque de jardin installée au sixième étage d'un appartement niçois. Avec, partout, le même objectif: s'affranchir de ces ondes qui, affirme-t-elle, blessent son corps. Une galère qui l'a amenée jusqu'à cette grotte à Beaumugne, à une heure de Gap (Hautes-Alpes), qu'elle occupe depuis deux ans. 
Impossible pour elle, désormais, de stationner à son entrée sans ressentir des picotements. Sans doute parce que la couverture réseau s'est intensifiée sans qu'elle sache trop pourquoi ni comment. Au bout de quelques minutes, joues cramoisies, elle se replie au fond du boyau en S, vers cette "chambre" improbable, bâchée pour éviter les ruissellements, qu'elle partage avec Bernadette, son aînée de dix ans et, depuis l'été de 2010, sa complice d'infortune. "On est comme des lépreux, sauf qu'eux étaient reconnus par la société, alors qu'il n'y a aucune volonté de créer des zones sans rayonnement pour nous accueillir, nous autres."  
Combien sont-ils, ces "autres" ? Personne ne sait trop. En France, l'association Robin des toits les évalue à 3 % de la population. "Beaucoup moins qu'en Allemagne et en Suède, où on flirte avec les 10 %, constate son porte-parole, Etienne Cendrier. Mais leur nombre progresse et le pire serait à venir. Une étude suédoise pronostique que, à l'horizon 2017, 40 % de la population occidentale sera touchée." 
On est comme des lépreux, sauf qu'eux étaient reconnus par la société 
Président de l'Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (Artac), le cancérologue Dominique Belpomme voit, lui, grossir de jour en jour la liste de ses consultations. En se fondant sur une série de plus de 400 patients, son équipe a mis au point un test de diagnostic identifiant une pathologie neurodégénérative dont ces chercheurs pensent qu'elle est "probablement liée à l'ouverture de la barrière hémato-encéphalique par les ondes et/ou les produits chimiques".  
Mais de quelle affection souffrent-ils, au juste? Les recherches pour identifier d'éventuelles différences psychiques entre les électrosensibles et les autres n'ont rien donné. Ils ne seraient pas plus sujets à psychose que le commun des mortels, contrairement à ce que pensent certains médecins. Pour autant, officiellement, aucun lien de causalité n'a encore été établi entre les symptômes repérés et les ondes pulsées. De multiples études existent, mais leurs conclusions sont contradictoires. "Lorsqu'elles bénéficient du soutien de l'industrie, elles soulignent, 3 fois sur 4, l'absence d'effets biologiques des ondes, observe la députée européenne (EELV) Michèle Rivasi. Alors qu'au moins 60% des travaux non financés par le privé les mettent en évidence." 
Des champs "possiblement cancérogènes", selon l'OMS
En Grande-Bretagne, cette souffrance est reconnue comme une maladie. En Suède, elle est classée parmi les "déficiences fonctionnelles". En Espagne, un tribunal madrilène a récemment octroyé une incapacité permanente à un professeur souffrant de fatigue chronique en raison des fameuses ondes. Mais, en France, ces troubles sont taxés de vague handicap. Ce qui fait bondir Françoise, haut fonctionnaire, plus habituée au devoir de réserve qu'aux diatribes militantes. Elle-même assaillie depuis janvier 2009 par divers symptômes, elle cite des études européennes - Reflexe ou BioInitiative - insistant sur les risques pour la santé des champs électromagnétiques. Des champs que l'OMS a récemment classés comme "possiblement cancérogènes". Le Conseil de l'Europe suggère, lui, de créer des "zones blanches non couvertes par les réseaux sans fil". Un voeu pieux, vu l'enjeu commercial que représentent les 64 millions de portables et de smartphones en France. 
Alors, chacun se débrouille. L'un débranche son Wi-Fi la nuit, l'autre dort sur un matelas dans le salon pour ne pas subir les effets de la box du voisin, de l'autre côté de la cloison. "Quand je dis à mon mari qu'une lame de couteau, froide, me traverse la tête, il me croit, explique Anne, parisienne de la porte Maillot, en pointant les antennes dans sa ligne de mire. Mais, entre croire et comprendre, il y a de la marge." Dans la grande tribu des électrosensibles, l'écolo-baba cool voisine avec l'énarque, la romancière côtoie le consultant en informatique, le prof d'histoire-géo, l'employé municipal... Tous décrivent un quotidien saboté par les pertes de mémoire, les acouphènes, les vertiges. 
Un bourdonnement qui fait suffoquer
Expert-comptable, Bruno ne prend plus le métro qu'aux heures creuses: trop de portables dans les poches, même désactivés, aux heures de pointe. Un bourdonnement qui le fait suffoquer. Christine, elle, peste en silence contre ses collègues de bureau qui gardent leur portable allumé, alors qu'ils ont un fixe à disposition.  
C'est forcé et contraint que l'électrosensible vit en retrait, renonce aux réunions de parents d'élèves, aux sorties spectacles. Ingénieure en photovoltaïque, Emilie, 29 ans, a repéré les bistrots près de chez elle qui ont la bonne idée de ne pas utiliser d'ampoules fluocompactes. Pour Noël, elle se propose d'offrir un téléphone filaire, moins polluant, à sa voisine. En attendant, elle se défoule sur son blog. Son grand jeu? Deviner la marque et la puissance du portable de son voisin de bus. 
Installée à l'arrière d'un camion capitonné d'un revêtement en aluminium - les pylônes peuvent aller se faire voir! - Anne s'apprête à remettre ça. Elle et Bernadette vont tester une énième maison forestière où, à l'abri des fréquences perce-murailles, elles pourront peut-être passer l'hiver. "Avec des murs épais, c'est peut-être jouable, se rassure- t-elle, à l'approche du bourg de Savournon, dans les Hautes-Alpes. Ce n'est pas par plaisir qu'on vit dans une grotte à moins de 10 degrés. Nos vies d'ermites, ça arrange tout le monde. Mais nous, on n'aspire qu'à la normalité!"  

la panoplie de l'électrosensible

Films à coller sur les vitres; tissus Swiss Shield, en fil polyamide argenté recouvert de polyester et destinés à réduire de 99% les rayonnements hautes fréquences : la souffrance des "EHS" est aussi un marché. L'offre est pléthorique: peintures de blindage testées et approuvées par l'université des forces armées allemandes, protégeant "contre les télécommunications dans la bande des gigahertz"; détecteurs pour écouter la pulsation des rayonnements micro-ondes et disposer d'une vision sonore de son environnement... Ou bien encore casquette blindée - parfois déconseillée, car elle provoquerait des irritations cutanées - et cotte de mailles façon burqa. Au registre James Bond, le coffret Spectra hyperfréquences s'ajoute au compensateur de bioprotection, avec ses versions pour ordinateur individuel ou pour mobile GSM, qu'on colle tel un patch au dos du téléphone. Discret et élégant, selon la notice, le modèle protection individuelle (40 euros) se positionne au niveau du sternum "pour une efficacité optimale". On peut lui préférer les médaillons en orgonite ou en shungite. Bernadette les a essayés. Sans succès. Des arnaques ? "Si elles peuvent servir de placebo à certains, pourquoi pas !" Plus cher, le baldaquin deux places (890 euros en promo) vise à contrer les hyperfréquences. Très décoratif, il attire le regard et a l'avantage supplémentaire de protéger contre les insectes, rappelle le mode d'emploi.  

Paru dans la presse

• Revue Ouvertures (12 octobre 2011)


• La Croix du 28 septembre 2011


• Le Dauphiné Libéré "Les électrosensibles veulent une zone blanche"


• France Bleue La Rochelle : jeudi 22 septembre 2011 au matin :
"ELECTRO SENSIBLES INTERVIEW" a été diffusé à 7h15

"ELECTRO SENSIBLES PAPIER" a été diffusé dans le journal parlé de 7h
une reprise (extrait) de l'interview a été diffusée dans les journaux parlés de 8h et 12h
journal de 18h et les commentaires des auditeurs (jusqu'à 18h15 environ)


• Radio Alpes 1


• BFM TV du 21 septembre 2011


• Le Nouvel Observateur, semaine du 19 septembre 2011


• La Charente Libre du 22 septembre 2011


• Sud Ouest du 22 septembre 2011


• France Info – Emission "7 jours en France", semaine du 12 septembre 2011

• France Info reportage – 17 septembre


• France Inter


• France Bleue Drôme-Ardèche le 17 septembre 2011


• Le Dauphiné Libéré


"Nous n'avons pas à vivre dans des grottes! "
Hier, vers 16 heures, les électro-hypersensibles installaient 
leurs tentes pour une occupation illégale de la forêt de Saoû, 
programmée jusqu’à mercredi. Le DL/Fabrice ANTÉRION

Une vingtaine de membres de l’association “Une terre pour les électro-hypersensibles” ont commencé leur occupation de la forêt de Saoû, hier en fin d’après-midi. Ils ont prévu de maintenir cette action nationale jusqu’à mercredi, pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur leur situation.
Pour résumer à grands traits, il s’agit de personnes sur lesquelles les champs électro-magnétiques (antennes-relais, téléphones portables, téléphone sans fil, wifi) produisent des effets indésirables et/ou des symptômes insupportables. Mais leur “statut” d’EHS ne trouve encore aucun ancrage légal, et les études chargées d’établir un lien de causalité entre ondes et symptômes ou pathologies prennent du temps, quand elles ne font pas du sur-place.
Aujourd’hui à 14 heures, ils organisent une table ronde où sont invités Xavier Bertrand, ministre de la Santé, Nora Berra, secrétaire d’État à la Santé, Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional de Rhône-Alpes et Didier Guillaume, président du conseil général de la Drôme. Mais ils nourrissent peu d’espoir sur leur venue…
« Les électro-hypersensibles (EHS) n’ont pas à vivre en forêt, dans des grottes, hors du monde » explique un membre de l’association, « il faut qu’ils soient pris en compte par les pouvoirs publics, et que des zones blanches soient recréées, pour pouvoir vivre normalement ».
Mais voilà, problème : l’action des pouvoirs publics, depuis quelques années déjà, tend plus vers la couverture totale du territoire par les ondes, et donc la disparition des zones blanches.
Les EHS voient ainsi fondre les secteurs où ils peuvent avoir une vie normale. « Certains ont dû tout quitter à cause de ça : maison, travail, famille » déplore cet autre EHS.
Bien qu’illégale, l’occupation de la forêt de Saoû aura le mérite de leur donner un peu de répit.
Michèle Rivasi, député européen d’Europe Écologie-Les Verts, s’est rendue sur place hier pour apporter son soutien aux électro-hypersensibles. « Les choses ont déjà un peu bougé par rapport aux années 2000, et certains pays reconnaissent déjà les EHS » a-t-elle expliqué. Elle a avancé l’idée « d’acheter un domaine, où vous pourrez vous ressourcer » comme la première étape d’une démarche « avec des partenaires, notamment politiques ». Elle a assuré qu’elle « mettrait tout en œuvre pour aider à obtenir des subventions » dans l’achat dudit domaine."


Ouest France, le 15 septembre 2011
"Hypersensibilité aux ondes : un handicap"

Une association interpelle les élus pour abaisser la puissance des antennes-relais.

Trois questions à Frédéric Wolff
Quels sont les symptômes de cette intolérance aux champs électro-magnétiques ?
Maux de têtes, vertiges, sensation d'électricité dans le cerveau, insomnies... On ne fait pas toujours le lien entre les symptômes et les causes de nos douleurs. Mais le Dr Dominique Belpome, cancérologue parisien, a mis au point un marqueur spécifique qui aide au diagnostic précis de cette hypersensibilité. Des études confirment que les ondes en excès provoquent tumeur du cerveau et dégénérescence neurologiques.
Vous dites que c'est devenu un handicap majeur. Pouvez-vous expliquer ?
Il n'y a pas encore de reconnaissance officielle de cet handicap malgré l'engagement du ministère de la santé. Certaines personnes, exposées aux bornes WiFI et autres ondes sont en grande souffrance. La multiplication des réseaux de téléphonie mobile les oblige à déménager, à blinder leurs maisons, à vivre dans des cages de Faraday, sorte d'enceintes métalliques protégeant des rayonnements électromagnétiques extérieurs. D'autres sont contraintes de vivre dans les bois, des grottes ou des caves. Ce sont des situations extrêmes qui révèlent une certaine urgence sanitaire.
Quelles sont les revendications de votre association ?
Nous voulons que des mesures soient prises pour protéger les victimes en créant notamment des zones blanches non couvertes par les réseaux sans fil. ll faut aussi limiter la pollution électromagnétique en abaissant la puissance des antennes. Lors des journées d'action du 17 au 21 septembre, nous interpellerons les conseillers généraux et régionaux pour les informer de nos revendications.
Recueilli par Catherine LEMESLE




• Le Dauphiné libéré 22 septembre 2011